Le constructeur naval italien The Italian Sea Group traverse une zone de turbulences majeures, mêlant difficultés financières et remaniements de sa gouvernance. Le conseil d’administration a récemment révélé que des systèmes de contrôle interne ont été délibérément contournés par certains responsables, entraînant des dépassements de budget colossaux sur la majorité des commandes de yachts en cours. Cette situation a plongé l’entreprise dans une crise de liquidité sans précédent, menaçant la rentabilité et la stabilité de ce géant du nautisme de luxe.
Pour faire toute la lumière sur ces irrégularités, TISG a mandaté le cabinet d’audit KPMG afin de mener une enquête. Cette analyse, dont le premier rapport est attendu d’ici six semaines, vise à chiffrer précisément l’ampleur des pertes extrabudgétaires, à identifier toutes les personnes impliquées et à auditer l’ensemble des processus de contrôle interne. En parallèle, la direction a d’ores et déjà entamé des procédures disciplinaires, incluant des avertissements formels et des suspensions à titre conservatoire pour les collaborateurs d’ores et déjà mis en cause.
Les répercussions de ces dérives se sont fait ressentir immédiatement sur la trésorerie du groupe et sur sa valorisation boursière. Le manque de liquidités a notamment entraîné un retard de huit jours dans le paiement des salaires des employés en février. Pour pallier l’urgence, l’actionnaire majoritaire et PDG, Giovanni Costantino, a dû injecter un prêt de 25 millions d’euros via sa société GC Holding. Sur la place boursière de Milan, la sanction a été extrêmement sévère : l’action TISG a perdu la moitié de sa valeur depuis les premières annonces mi-février, s’effondrant pour clôturer autour de 1,90 euro au début du mois de mars 2026.
Face à cette tempête, la gouvernance de l’entreprise subit une vaste restructuration. Le conseil d’administration a enregistré plusieurs démissions en cascade liées à des divergences de vues ou aux pressions en cours, dont celles du président Filippo Menchelli et du dirigeant responsable des documents comptables, Marco Carniani. Giovanni Costantino a assumé la présidence pour tenter de stabiliser la situation. L’enjeu immédiat pour TISG consiste désormais à mener à bien des négociations cruciales avec un pool de banques afin de restructurer sa dette, trouver de nouvelles lignes de crédit, et éviter ainsi le recours à une procédure stricte de composition négociée de la crise.

Cette crise de gouvernance intervient au pire moment pour The Italian Sea Group, déjà lourdement fragilisé par les répercussions de l’affaire du Bayesian. Depuis le naufrage tragique de ce voilier en août 2024, le chantier Perini Navi – racheté par TISG en 2021 – a vu ses ventes chuter à zéro, entraînant d’importants dommages réputationnels et une première dégringolade en bourse. Alors que le groupe a récemment lancé une procédure judiciaire réclamant plus de 450 millions d’euros de dommages et intérêts à la société propriétaire du Bayesian pour tenter de compenser cet effondrement commercial, ces nouveaux dépassements de budget internes viennent fragiliser une situation financière déjà extrêmement précaire.
